Les émotions refoulées et leur impact:

Publié le par Fabienne Lacondemine

Louise Pelletier
Psychothérapeute, Infirmière psy., Hypnothérapeute
Montréal, Québec, Canada

                                               

 

On me demande régulièrement: comment ai-je pu occulter, oublier un évènement qui aurait été marquant ? Je m’en souviendrais ! … Logique non ? Pour ça oui, c’est logique, mais le monde des émotions, est-ce un monde logique ?

Clarifions d’abord ce que signifie un évènement marquant, traumatisant. On pense à priori à quelque chose de gros, de terrible, d’épouvantable. On pense alors à un meurtre, un viol, un abus sexuel, une mort, une maladie grave et quoi encore ? …Et si des évènements d’un autre ordre avaient été pour moi marquants, traumatisants, comme le fait d’avoir fait pipi au lit jusqu’à l’âge de douze ans ; de m’être fait dire jour après jour que je ne réussirai jamais rien de bon dans la vie ; d’avoir assisté à la saignée d’un cochon et d’avoir mangé du boudin pour souper le soir même ; de m’être fait accuser injustement d’avoir volé vingt-cinq sous à mon frère ; d’avoir eu peur d’aller en enfer pour avoir désobéi à mes parents ; d’avoir… d’avoir…

Ce sont tous des évènements qui auraient pu être marquants ou traumatisants pour un enfant dépendamment du contexte dans lequel il a évolué, de son âge, de la possibilité du moment à exprimer ses émotions et pensées, dépendamment aussi de la façon dont il l’aura tout simplement vécu et intégré dans son quotidien.

Peut-être me direz-vous alors : « Je m’en souviens ! » C’est possible ! Vous souvenez-vous par contre de la souffrance ressentie à ce moment-là ? de la honte ? de la culpabilité ? du déchirement ? de la tristesse ? de la peur ? … Vous souvenez-vous de tout ce que cela a pu engendrer en vous au niveau de vos pensées, de vos rêves, de vos cauchemars, de vos fantasmes, de vos décisions, de vos refoulements … et surtout, de l’impact de la blessure ? … 

« Et après ? » Pensez-vous. Quel enfant n’a pas connu ses traumatismes ? C’est vrai, chacun de nous a son vécu et chacun de nous l’a intégré à sa façon. Certains sont passés à travers sans blessure profonde ; d’autres semblent avoir été marqués au fer rouge.

Pourquoi revenir en arrière et déterrer le passé ? « Il faut regarder en avant, tourner la page, avancer », tout le monde sait ça, mais quand ça ne fonctionne pas, on fait quoi? On retourne en arrière, là même où on a laissé une partie de soi s’échapper, s’enfouir, parce qu’on n’avait pas le choix, c’était à ce moment là une question de « survie émotive ». En voici un exemple : je demande un jour à une de mes clientes de me raconter un évènement de son enfance qui fut tout particulièrement important pour elle, un évènement heureux dont elle se souvenait parfaitement bien. Après un court moment de réflexion, elle me dit que cet évènement heureux fut certainement le jour de sa première communion. C’était le plus beau jour de ma vie, surtout parce que ma mère faisait un gâteau juste pour moi et m’organisait toute une fête.

Lors d’une séance subséquente, elle revit, en régression, cette scène de sa première communion : il est vrai que c’était un grand jour pour elle, fêtée pour la première fois, premier gâteau… Voici le « hic », cependant : elle avait occulté deux faits importants. D’abord, sa mère avait invité deux de ses tantes à la réception, deux tantes qu’elle n’affectionnait pas du tout et qui, par surcroît, ricanaient dans le salon au sujet des piètres talents culinaires de sa mère, laissant entendre clairement que la gâteau était loin d’être succulent. Ensuite, pendant la réception, son jeune frère s’étouffe avec une arachide ; on le transporte d’urgence à l’hôpital pour se faire dire peu de temps après qu’il a frôlé la mort.

Quelles émotions a-t-elle re-vécues ? La colère, sûrement : d’abord face à sa mère qui invite des gens absolument « non significatifs » pour elle, puis face à son frère qui lui vole la vedette et gâche cette belle journée. Elle aurait souhaité qu’il n’existe tout simplement pas, ce frère ! Mais survient le conflit : elle aime sa mère et son frère. Comment sa conscience va-t-elle s’arranger avec ça ? Et comment se fait-il qu’elle s’en souvienne comme d’un évènement heureux ? 

« Oublier pour ne pas souffrir », voilà une solution ! Elle se souvenait de ne pas aimer ses deux tantes ; elle se souvenait aussi que son jeune frère avait failli mourir étouffé, mais, les morceaux du casse-tête étaient éparpillés…Il a fallu qu’ils s’éparpillent pour qu’émotivement elle puisse survivre. Comment aurait-elle pu continuer à vivre bien dans sa peau avec de telles émotions ? « Ma mère ne m’aime pas vraiment et je n’aime pas mon frère » : c’est tout simplement insupportable, inacceptable, alors, pour réduire ses tensions, son subconscient se charge de lui venir en aide de façon à ce qu’elle puisse retrouver un équilibre émotif.

S’installe alors comme un clivage, une coupure entre le cœur et la raison, la tête et les émotions : c’est l’occultation. Le souvenir qu’elle a besoin de conserver c’est celui d’une fête réussie bien que les émotions ressenties soient pour leur part refoulées au plus profond d’elle-même : ces émotions étant beaucoup trop intenses, voire même embarrassantes pour les laisser accomplir l’osmose souhaitée.

En contrepartie, tout est inscrit en nous, au niveau subconscient. Alors, concrètement, comment un tel traumatisme psychologique pourrait-il refaire surface à l’âge adulte ?

En voici un exemple…Son mari lui organise une fête surprise lors de son anniversaire, invite ses amis les plus chers ainsi que son meilleur ami à lui, qu’elle n’aime pas du tout. Et voilà le drame ! elle fait une de ces colères à son mari et est tout à fait incapable de savourer cette magnifique soirée. Elle ne comprend absolument pas sa réaction ; elle qualifie sa colère d’exagérée et se sent évidemment coupable et méchante.

Un évènement semblable, même s’il survient plusieurs années plus tard, vient réveiller d’anciennes blessures, d’anciennes émotions refoulées mais bel et bien inscrites en nous. Il s’ensuit alors un questionnement aboutissant à des réflexions du genre « je ne me comprends plus, mes réactions sont tout à fait exagérées, je ne contrôle plus mes émotions… »

C’était là un exemple d’évènement partiellement occulté. Il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de revivre les émotions, les fantasmes, les sensations physiques, les rêves, les cauchemars ainsi que le « ressouvenir » des pensées qui ont entouré l’évènement traumatisant afin de s’en libérer et là, pouvoir enfin avancer, tourner la page, évoluer, reprendre le pouvoir sur sa vie.


Louise Pelletier
Psychothérapeute, Infirmière psy., Hypnothérapeute
Montréal, Québec, Canada


Les émotions refoulées et leur impact: comment s'en sortir?

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