L’éducation kinesthésique

Publié le par Fabienne Lacondemine

(extrait de mon mémoire « Orthophonie et art-thérapie » D.U. Psychothérapies médiatisées par l’art. CHU PURPAN. 2008-2009.

 

L'éducation kinesthésique n'est pas une technique très répandue en orthophonie, mais selon l'association Brain-gym France, quelques orthophonistes ont trouvé utile de se former à cette technique (cependant, je n'ai pas encore personnellement rencontré de collègue pratiquant cette technique). Je l'ai moi-même découverte pendant mes études de relaxation, plus précisément pendant ma spécialisation pour enfants et adolescents, car  l'élément-phare de la relaxation pour enfants et adolescents, Geneviève MANENT, a écrit plusieurs livres et édité plusieurs cds de relaxation aux Editions du Souffle d'Or.

En feuilletant le catalogue de cet éditeur, par curiosité, j'ai été attirée par le titre d'un livre : "Brain-gym, Le mouvement, clé de l'apprentissage", du Dr Paul DENNISON et de sa femme Gail. Comment n'aurais-je pas été curieuse de savoir comment inclure le mouvement pour favoriser les apprentissages des patients qui me sont confiés ?

Voilà comment je suis passée de l'idée de relaxation (qui, nous l'avons vu, n'est pas toujours passive et fait aussi appel à de nombreux médias artistiques, notamment avec les enfants) aux mouvements de Brain-gym !

Je dois dire que pour moi, cela a été une découverte extraordinaire, car elle répondait parfaitement aux carences que je ressentais dans mes pratiques rééducatives, pour tous les troubles orthophoniques hormis ceux de la voix. En travaillant essentiellement sur la sphère intellectuelle, il m'apparaissait désormais que j'opérais d'ordinaire une dissociation corps/mental qui ne correspond pas à la nature humaine.

Mais comment une orthophoniste, nullement psychomotricienne, peut-elle travailler avec le mouvement ? Il existe d'autres techniques incluant le mouvement et proposées aux orthophonistes (par exemple le "crawling", que je n'ai pas exploré, mais qui imite les mouvements de reptation des premiers stades du développement de l'enfant), mais je parlerai ici de Brain-gym ®, également accessible aux parents et à toute personne intéressée par le sujet.

Je me suis orientée vers cette pratique en raison de sa facilité de mise en œuvre auprès des enfants et des parents, ainsi que du faible investissement de départ (9, 45 € en 2007) tout aussi accessible aux familles qui veulent prendre une part active (c'est le cas de le dire) dans l'éducation kinesthésique de leur(s) enfant(s).

Comme la relaxation, Brain-gym® permet de reconnecter l'esprit et le corps, pour une meilleure intégration des apprentissages.

Si j'en parle ici, c'est que depuis que j'utilise cette technique (pour laquelle j'ai obtenu les modules de Brain-gym 1 et 2, Organisation Cérébrale Optimale et Mouvements Dynamiques, bien entendu combinée avec mes autres techniques, j'ai pu constater des résultats étonnants, mes rééducations étant devenues plus… dynamiques, mais aussi plus rapides et efficaces (cf. IV. L'art-thérapie en orthophonie libérale, vers de nouvelles associations. Résultats en chiffres).

 

a. Les auteurs.

 

Paul DENNISON est l'inventeur de l'éducation kinesthésique. Il est aujourd'hui un pionnier et un leader dans le domaine des schémas de dominance cérébrale. Le Dr DENNISON dirige depuis sept ans les centres d'apprentissage du Valley Remedial Group. Lui et ses collègues ont appliqué les techniques de Brain-gym aux enfants souffrant de handicaps de l'apprentissage, et ont obtenu des résultats surprenants.

Paul DENNISON est docteur en sciences de l'éducation, diplômé de l'Université de Caroline du Sud. Il est encore aujourd'hui auteur et conférencier international, en collaboration avec sa femme, Gail DENNISON.

Gail DENNISON est conseillère de santé et adopte une approche holistique. Sa particularité est d'avoir une formation de base qui est l'art, la danse et le jeu, ce qui nous rapproche de l'art-thérapie. Avec son mari, elle peut donc travailler de façon créative au niveau de l'intégration psycho-corporelle.

 

b. Les trois dimensions de l'apprentissage.

 

Les mouvements de brain-gym ont été conçus pour stimuler l'apprenant dans trois dimensions de l'apprentissage : la latéralité, dimension stimulante, la focalisation ou concentration, et le centrage, qui permet de décontracter l'individu. On part du prédicat que le cerveau humain est tri-dimensionnel, et que ses parties sont en interaction dans un tout. L'apprentissage devient donc plus aisé lorsqu'il est présenté sous une approche multisensorielle et multidimensionnelle. Les hémisphères gauche et droit concernent la dimension de la latéralité, le lobe antérieur et postérieur celui de la concentration, tandis que le tronc cérébral et le cérébellum sont plus affectés au centrage.

 

La latéralité concerne la capacité à traverser la ligne médiane, à travailler dans un champ médian et à traiter un code écrit, linéaire et symbolique, de gauche à droite ou de droite à gauche. En brain-gym, cette dimension est appelée le "plan de l'ouverture".  En effet, à travers une bonne latéralité, nous accédons à un plus grand champ de conscience. Elle est essentielle au succès scolaire. A contrario, lorsque cette dimension est déficitaire, elle entraîne des difficultés d'apprentissage scolaire comme les inversions de lettres, etc.

Mon expérience en brain-gym confirme cette constatation, car chez pratiquement tous les patients en orthophonie que j'ai testés (venus aussi bien pour retard de langage ou troubles de la lecture, dyscalculiques, bègues même adultes, etc.), cette dimension était déficitaire. Or, j'ai passé presque vingt ans à pratiquer l'orthophonie sans traiter cette dimension dans le corps, alors que les patients n'étaient pas suffisamment en difficulté pour bénéficier d'une rééducation psychomotrice ! Pour moi, c'est l'une des raisons essentielles de l'accélération actuelle de mes rééducations, là où je ressentais autrefois (et le patient avec moi) de la stagnation et une certaine  lourdeur dans le processus évolutif.

Des mouvements spécifiques aident à stimuler l'intégration bilatérale pour améliorer les apprentissages.

 

La focalisation est la dimension de la concentration ou de l'enracinement, grâce aux déplacements verticaux. Elle permet de traverser la ligne médiane qui sépare le lobe occipital du lobe frontal. Les élèves incapables de concentration sont qualifiés d'inattentifs, ont des troubles de la compréhension, des retards de langage, ou une hyperactivité motrice ou psychique. Certains enfants se "concentrent" trop, ou font trop d'efforts pour apprendre. Les mouvements spécifiques de Brain-gym, de part leur action calmante et stabilisante, permettent de résoudre nombre de ces difficultés de concentration, avant les apprentissages.

En orthophonie, on est évidemment très souvent confronté à des patients en manque de concentration, et il me paraît maintenant indispensable de résoudre ces difficultés avant de leur demander des apprentissages. Les mouvements de Brain-gym adaptés à cette dimension sont un moyen efficace.

 

Le centrage est la capacité à traverser la ligne de partage entre les contenus émotionnels et la pensée abstraite. Rien ne peut être réellement acquis sans ressenti et sans compréhension de la signification. L'individu qui a des peurs irrationnelles, des réponses de type attaque/évitement, ou une impossibilité à ressentir ou exprimer des émotions aura lui aussi des troubles d'apprentissage.

Brain-gym® prévoit là encore des mouvements qui, en explorant les capacités de contraction et de décontraction des muscles et des tendons, permettront de se détendre émotionnellement avant tout apprentissage.

 

Les enfants en charge dans les rééducations orthophoniques ont eux aussi besoin de gérer leur stress et d’apprendre la coordination, la concentration, toutes choses qui les aident à mieux réussir et à entraver le processus de l’échec.

 

Voilà pourquoi je fais aussi de l’éducation kinesthésique !

 

 

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